APPEL DE CHRISTIANE TAUBIRA AUX RADICAUX

Publié le par PRG 78

Chers Amis Radicaux,

La campagne présidentielle a commencé.
 
Nous n'en sommes pas, quoique nous ayons exprimé notre intention d'y participer. Des principaux candidats déclarés, aucun n'est définitif, les assemblées d'investiture étant prévues pour la plupart au dernier trimestre 2006. Cependant, la voix des partis, se résumant parfois abusivement à celle de leur candidat(e) le (la) plus probable, se fait entendre chaque jour sur des sujets dont l'importance est déterminante pour notre avenir. La France bruisse de récurrences.

En 2002, déjà, nous disions comment la laïcité peut dénouer les tensions entre les aspirations identitaires et l'universalisme républicain, et qu'elle est le meilleur rempart pour éviter que la diversité culturelle, qui donne sa fragrance à la variété des territoires, devienne disparité. Nous disions déjà la violence d'un urbanisme qui a bâclé au bord des autoroutes des forteresses au peuplement trié-largué.
 
Nous voulions que respirent les collectivités locales et que l'initiative soit rendue aux Elus, que la démocratie se revigore d'une meilleure participation civique, que par péréquation générale la solidarité lisse la citoyenneté dans l'ensemble du pays. Nous disions l'importance d'instaurer une politique de confiance sociale. Nous savions l'essoufflement de nos institutions et plaidions pour une sixième république. Nous étions audacieux sur l'économie sociale et solidaire, au service de l'homme.
 
Nous expliquions l'urgence d'une réforme fiscale adaptée à la dimension internationale des activités économiques, ajustée à l'appartenance de la France à l'Union Européenne, et conformément à la tradition radicale, soucieuse des capacités contributives de chaque partie. Nous proposions de renouveler l'exercice des libertés individuelles et des libertés publiques, de renforcer les associations, les syndicats, la presse, de moderniser la Justice. Nous préférions, résolument, une République rassurante à un Etat sécuritaire. Nous voulions ouvrer à la paix, hardiment et obstinément, par une diplomatie active au sein de l'Union Européenne et à l'ONU, afin de contribuer à stabiliser le Proche-Orient, l'Afrique des Grands Lacs et l'Europe des Balkans. Quatre années de querelles à la tête de l'Etat, des politiques publiques hasardeuses, des obsessions sécuritaires, des contre-pouvoirs muselés, des incompétences sublimées ponctuent un bilan d'Exécutif qui révèle bien la pertinence de nos
préoccupations et l'urgence de notre action.

Au cours de mes nombreux déplacements, tant lors du tour de France que j'ai refait dès 2002-2003 comme je l'avais promis, que des multiples conférences que j'ai été conduite à donner, soit par votre intermédiaire soit sur invitations extérieures, j'ai pu mesurer à quel point vous restez attachés à cette singularité qui fait que nous avons toujours quelques longueurs d'avance sur les enjeux de société. Et c'est sans ambiguïté que nous restons fidèles aux valeurs de tolérance, de solidarité et de justice. Alors que nos adversaires veulent chasser tous les métèques et traquer la délinquance à la maternelle, que nos alliés rétablissent les adolescents de troupe, nous participons au parrainage d'enfants expulsables. Nous nous sommes fortement mobilisés contre le CPE comme nous l'avions fait contre la guerre en Irak. Nous avons l'habitude de la clairvoyance.
 
Au Congrès du Parti Socialiste à Dijon en 2003, notre Président, tirant en notre nom les leçons du séisme civique et du fiasco politique du 21 avril 2002, a osé proposer que La Gauche se rassemble pour réfléchir et ouvrer ensemble. Nous en avons largement débattu, également soucieux à la fois de demeurer nous-mêmes et de permettre au camp du progrès et de la solidarité de reconquérir les moyens d'agir, pour revenir au plus vite et mieux armés aux responsabilités. Ce qui créa une saine effervescence chez nous fut tout juste poliment écouté par nos amis. De nombreux autres sujets nous ont permis de constater l'importance de notre contribution, donc de notre présence. Ayant eu l'opportunité de m'exprimer en conférences, débats publics ou ateliers sur des thèmes aussi variés que le statut des femmes, la laïcité, la refondation de la république, la solidarité Nord-Sud, l'économie sociale, les institutions européennes, les enjeux de la mémoire pour la cohésion nationale, je sais que non seulement nous ne pouvons sacrifier ces débats, mais que nos convictions sont irremplaçables.
 
Outre ce que nous avons apporté de significatif par notre campagne de 2002, nous avons participé à deux autres batailles qu'en temps utiles nous avons évaluées. Ce furent d'abord les élections européennes avec nos trois listes conduites par Jo Le Guen, Julien Duquenne et moi-même. Les conditions étaient difficiles, mais nous avons assumé nos positions, particulièrement sur les sujets sensibles et difficiles tels que l'ouverture de l'Europe à la Turquie. Jo et Julien ont fait de très belles campagnes. Ils ont creusé la place. Ils ont démontré que les rendez-vous électoraux sont d'inestimables occasions de dialogue et de promotion de valeurs autant que d'identité politique.
 
L'autre bataille fut le referendum sur le projet de Traité Constitutionnel. Il a divisé nos choix. Le Parti était majoritairement favorable au OUI. J'ai choisi de dire NON. Après mûre réflexion et moult tourments. Je continue à penser que la chance de l'Europe politique, c'est l'irruption des peuples dans la définition du destin commun, qu'il nous faut une véritable Constitution et que ce bel engagement doit conserver sa solennité, que le monde a besoin d'une Europe forte et confiante, pas d'un compromis qui s'excuserait presque, s'empressant de rappeler que la gauche majoritaire n'ayant pas fait mieux, ce n'est pas avec la droite majoritaire que l'on peut se montrer exigeant. Je crois profondément que la Paix est redevenue une mission cardinale de l'Europe, hors et sur son territoire.
 
Je pense encore que nous sommes fondés à avoir d'immenses ambitions pour l'Europe, parce que c'est l'horizon de la France, que c'est la fortune de l'Europe elle-même, que c'est le dégagement du monde. Pour avoir participé à nos séminaires consacrés à l'étude du traité, pour avoir animé de nombreux débats, pour avoir écouté avec curiosité et considération les arguments des uns et des autres, pour avoir exploré jusqu'à plus soif ce texte et suivi en attention et en tension chaque étape des travaux de la Convention, je sais à quel point, comme à l'accoutumée, nous avons pris cette consultation au sérieux.
 
Comme ceux de notre parti qui ont voté oui, j'ai des élans pour cette Europe que nous rêvons fédérale, instruite de la richesse de ses cultures et de ses territoires, qui a su élever les standards sociaux, la meilleure échelle pour les services publics, l'espace idéal pour de nouvelles conquêtes républicaines. La constance de nos convictions et de nos actions en faveur de la construction européenne, dont l'équivalent en France ne se trouve qu'à l'UDF, nous assure une marge de liberté pour dire, sans ambivalence, si nous pensons être sur le chemin du projet. Nous y sommes entrés en passion, nous en sommes sortis sans déchirements. A l'Université d'été d'Arles, comme l'année précédente à Ramatuelle, nous avons fait corps sur le fonds, nos motivations étant les mêmes, nos interprétations pouvant diverger en toute sincérité.

Toutes ces questions sont encore d'actualité. Nos solutions sont appropriées. Parce que nous le pensons encore, nous devons le redire.
 
Voilà pourquoi je suis candidate à l'investiture du Parti pour l'élection résidentielle et j'ai besoin de votre soutien.

Publié dans Présidentielle 2007

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